L’économie allemande, durablement plus vigoureuse que l’Europe ?

Par Letondu François | Analyste économique | 25/10/10

Une croissance économique près de 4 fois plus forte qu’en France au 2e trimestre 2010. Un taux de chômage au plus bas depuis 18 ans. L’Allemagne impressionne.

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Derrière le rebond de ce pays, considéré peu avant la crise comme  « le malade de l’Europe », se dessinent en fait deux phénomènes aux causes et conséquences différentes.

Le premier est celui d’un rattrapage cyclique, déjà presque achevé
Du fait de son taux d’exportations élevé (près de 50 % du PIB, contre 30 % en France), l’économie allemande a, davantage que ses voisins, souffert de l’effondrement du commerce international en 2008-2009.
En contrepartie, elle bénéficie davantage aujourd’hui de la reprise de la demande mondiale, notamment dans les économies émergentes, ainsi que du repli de l’euro au premier semestre 2009. Les exportations en volume ont ainsi presque retrouvé leur niveau record de début 2008, tirant derrière elles l’industrie, l’investissement et l’emploi.
Ce rattrapage devrait toutefois toucher à sa fin en 2011, d’autant plus que les politiques budgétaires se font davantage restrictives en Europe et que la croissance se modère en Asie.

Le second phénomène est plus structurel
C’est la convergence vers un sentier de croissance plus favorable, enclenchée par les profondes réformes des années 2000, qui ont restauré la compétitivité, assoupli le marché du travail et réduit les obstacles à l’emploi dans les services à la personne. Il en  résulte une diminution structurelle du chômage.
Par ailleurs, les finances publiques ont bénéficié des réformes d’avant-crise et sont moins dégradées qu’ailleurs en Europe. Leur rétablissement sera donc plus facile et pèsera moins sur la croissance.
A l’inverse de la dernière décennie, l’Allemagne pourrait donc connaître une croissance un peu plus élevée que ses voisins européens pendant quelques années, même si la nette surperformance observée au 1er semestre 2010 n’est pas extrapolable. Avec un bémol important : le déclin de sa population, qui va de plus en plus peser sur son potentiel de croissance.

Cette bonne santé va-t-elle bénéficier à l’Europe ?

Oui, au moins partiellement. Les importations de l’Allemagne, y compris celles provenant de la zone euro, sont très corrélées avec ses exportations. Autrement dit, ce que l’Allemagne exporte, elle l’a en grande partie importé de ses voisins auparavant. En outre, la consommation, et donc aussi les importations, vont bénéficier de la baisse durable du chômage.

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Notes des lecteursNoter cet article
vos commentaires » poster un commentaire »
Félicitations par Clément | Le 25/10/2010
Bravo, un article très clair. Décidément, les Allemands nous surprendront toujours...
Deutschland par Jürgen | Le 25/10/2010
Encore une belle démonstration de la fameuse "Gründlichkeit" allemande.
Belle analyse par Kékéfrom60 | Le 25/10/2010
Il faudrait s'en inspirer pour la France, ou l'industrie décline inexorablement. Attendons de voir les conséquences de la rigueur budgétaire par contre.
Bravo par Till Lindermann | Le 25/10/2010
Merci pour cette analyse pertinente. Peut on parler de la Besonderheit allemande ?
Bof bof par Nono | Le 27/10/2010
Je ne suis pas d'accord, Merkel a supprimé beaucoup d'aides sociales et les pays riches n'ont plus les moyens d'acheter allemand, sauf les riches.